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Le Lieutenant Dornic de la BRI de Nantes et sa défunte Ford Touring

 

 

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 Cimetière de Carnel

Une tombe faîche pour l'ami Fanch Le Strat ?

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Bureau kitch pour le "bocal" du Commandant Le Strat

Manu3Duo de choc  au Château de Soye avec le Commandant de l'OCRTRIS, Emmanuel Olichon

mort

Le sympathique fantôme de Gaétan MATTERA - pièce maitresse du dossier

 

EXTRAIT LONG

 

Des images, il en avait des centaines là-dedans. Flippantes, grotesques, dégueulasses. Des planches de regards recroquevillés – écorchés dans l’abandon. Morbides, sympathiques et mortels. Un diaporama de clichés qui se pressait, se cognait pour faire la place à d’autres nouvelles âmes. A chaque fois, il découvrait des visages blessés. Des corps silencieux, froids, souvent martyrisés. Des vies brisées, des vies trop vite piétinées. Parfois la mort s’était installée discrète, propre… simplement passionnelle. Un bouquet de roses noires pour un amour détruit. Plus rarement…

Autrement, la mort traîtresse frappait sordide et cruelle. Presque toujours dans le sang. La mort ne l’effrayait pas. Le spectre de l’horreur, du meurtre crapuleux. La main cupide de l’assassin vénal. Il savait que le pire serait à prévoir, les détails monstrueux. Les chairs souillées raconteraient la perfidie, le cynisme, l’acharnement mécanique du meurtrier. Les larmes du tueur masqueraient la frousse, la honte, le remord. Chercher l’arme. Minérale – métallique.

Indifférence de la matière. Ecouter les pulsions du meurtrier sur le manche du couteau planté. Se séparer, se détacher de l’affect et chercher les stimuli dans l’objet assassin. Avec toujours cette même odeur de gerbe identifiable entre mille autres. L’apprentissage du détachement. Ecoeurante, suffocante et tenace. Chaque fois les lieux changeaient. Modernes, vétustes ou champêtres. La mort choisissait son endroit pour frapper. Le décor parfois soigné ou négligé - pour terrifier, pour jouer avec Lui. Les lumières, les couleurs. La symphonie des dégradés mortuaires. La mort utilisait toute sa palette de couleurs d’hiver, baignant le spectre de l’âme. Quelque 27 grammes de pensée émotionnelle et mentale ôtées…

La liste s’allongeait comme une liste de courses. Le corps de cette fille dénudé, méconnaissable ramassé à l’aube humide dans un parc.

Loin de ses amis – loin de la chaleur d’une vie. L’odeur aigre de sa peau marbrée. La beauté étiolée virant au beurre noir. Image d’apocalypse. Marginal au squelette blanc, paré de ses chairs momifiées dans un garage abandonné. Sac d’os séchés – gargouille de film gore. Moitié de femme carbonisée avec son caniche enroulé autour du cou sur son canapé intact. Visage de chair - ventre de cendre. Tronc de bébé, poupée livide, jeté dans un sac d’ordures ménagères. Bras et tête de porcelaine – putréfaction angélique.

Fillette dans les bras maternels sous les dents d’une rame de métro. Robe blanche – langue de peaux hachées… La liste ne finissait jamais. Un catalogue d’innocents condamnés, pour jeunes et vieux aux visages glacés.

Dans son métier, déjà jeune inspecteur, Le Strat avait franchi des étapes, passé des caps, dépassé le seuil du «no limit ». On ne vit pas toutes ces années d’errance, en croyant inutilement au repos de l’âme. Au fond, Fanch l’homme de la rue savait très bien où il en était exactement. Affronter les nuits noires, longues et paresseuses. Destructrices ou protectrices. Il plongeait dans l’abysse de ses cauchemars ou de ses rêves. Dans ses limites, comme dans ses moments de béatitude. Il en avait toujours été ainsi. Sonder l’écho des murailles de son âme.

Mattera, le bourreau ? Fanch titillait cette lueur égrillarde qui lui revenait sans cesse. Une lésion persistante qui lui envoyait des images fissurées qu’il exsudait de sa mémoire vacillante. Mars 1992. Cimetière Carnel. Un enterrement religieux réduit à sa plus simple expression. Une assemblée constituée d’une poignée d’inspecteurs de Police. L’ordre, la Loi face à un cadavre puant, en rupture de ban. Fanch le Flic breton l’avait suivi jusqu’au bout du chemin. Il l’avait guetté, pourchassé et jeté dans la tombe. Brisant Le Strat s’était assuré personnellement que le corps de Gaétan Mattera soit couché dans le cercueil plombé, au fond de ce trou à rat. Quatre mètres sous terre. Avec une épaisse dalle de béton scellée pour empêcher son fantôme de poursuivre son oeuvre de destruction et une équipe d’inspecteurs de Police pour consigner l’événement. Croix de bois, croix de fer…

Mattera avait été l’adversaire de Le Strat - Mattera et Cherbal. Deux belles salopes marchands de came - Mattera - Cherbal et Le Strat connaissaient l’inconnue de la photo - Mattera, s’il avait été vivant aurait eu mille raisons de commanditer l’attentat de Le Strat.- Et puis la tombe de Mattera n’était pas très loin de celle qu’un petit malin avait maquillé pour Le Strat… Le tourbillon de la perversion tournait dangereusement autour du mot-clé : MATTERA. Fanch souriait de son air de cinglé, face à l’évidence. Une idée indécente déchaînait les ailes brûlantes de son cerveau. Mattera ? Le sang des mots. Toujours et encore Mattera. Le cadavre pourri de Mattera voulait remonter de sa fosse mortuaire !